Psychogénéalogie et écriture : dialoguer avec sa lignée

Pourquoi explorer ses transmissions psychogénéalogiques et comment l'écriture peut vous aider dans ce processus.

Autour des Mots- Alice Lavenu

3/15/20263 min read

Avez-vous déjà eu l'impression de porter quelque chose qui ne vous appartient pas tout à fait ? Une peur inexpliquée, un schéma qui se répète, une émotion surgissant sans raison apparente ?

Et si certaines de nos difficultés avaient leur source non pas dans notre histoire personnelle, mais dans celle de nos ancêtres ?

C'est l'hypothèse de la psychogénéalogie — et l'écriture peut devenir un outil précieux pour explorer ces transmissions invisibles.

Qu'est-ce que la psychogénéalogie ?

La psychogénéalogie est une approche thérapeutique qui s'intéresse aux transmissions entre générations. Elle postule que nous héritons non seulement des traits physiques de nos ancêtres, mais aussi de leurs émotions non résolues, de leurs traumatismes, de leurs secrets.

Anne Ancelin Schützenberger, psychologue française, a popularisé cette approche avec son livre devenu classique Aïe, mes aïeux ! (1993), disponible ici (lien affilié).

Elle y décrit des cas troublants de répétitions familiales : maladies apparaissant au même âge, accidents survenant à des dates anniversaires, échecs professionnels ou amoureux se reproduisant de génération en génération.

Comment se transmettent les héritages familiaux ?

Plusieurs mécanismes ont été identifiés :

La transmission émotionnelle
Un enfant capte les émotions de ses parents bien avant de comprendre les mots. Si un sujet provoque de l'angoisse ou du silence chez les adultes, l'enfant enregistre qu'il y a là "quelque chose" de dangereux ou de honteux — sans savoir quoi.

Les loyautés invisibles
Concept développé par le psychiatre Ivan Boszormenyi-Nagy : nous sommes liés à notre famille par des loyautés inconscientes. Parfois, nous échouons là où un ancêtre a échoué, nous tombons malades comme lui, nous reproduisons ses choix — par fidélité invisible, comme pour lui tenir compagnie dans sa souffrance.

L'identification inconsciente

On peut porter le destin d'un ancêtre dont on a hérité le prénom, qu'on nous a dit qu'on lui ressemblait physiquement, ou qui est décédé autour de notre naissance. Sans le savoir, on peut "vivre sa vie" à sa place.

L'épigénétique

Des recherches récentes en biologie suggèrent que certains traumatismes pourraient laisser des traces sur l'ADN, transmissibles aux générations suivantes. Ce champ de recherche, encore jeune, ouvre des perspectives fascinantes sur l'héritage transgénérationnel.

Pourquoi écrire sur sa lignée ?

L'écriture offre un espace unique pour explorer ces transmissions. Elle permet de poser des questions sans avoir toutes les réponses, d'explorer des hypothèses, de donner voix à ceux qui se sont tus.

Mettre à jour les non-dits

Écrire sur sa famille oblige à formuler ce qui restait flou. On réalise parfois qu'on ne sait rien sur tel ancêtre, que tel sujet n'a jamais été abordé, que tel prénom a disparu sans explication.

Créer du lien avec les ancêtres

On peut écrire à un ancêtre (lui adresser une lettre) ou depuis lui (imaginer sa voix, ses mots). Ce dialogue imaginaire est souvent émouvant et libérateur. Il permet de reconnaître l'existence de quelqu'un, même sans l'avoir connu.

Démêler ce qui nous appartient

Écrire aide à distinguer : ça, c'est mon histoire ; ça, c'est celle de ma grand-mère. Cette conscience permet de choisir ce qu'on souhaite garder, honorer, transformer ou déposer.

Transformer le récit familial

Nous avons le pouvoir de réécrire — non pas les faits, mais le sens que nous leur donnons. Écrire, c'est devenir auteur de sa propre histoire, même quand elle s'enracine dans celle des autres.

Quelques pistes d'écriture généalogique

Voici quelques pistes d'écriture que nous explorons ensemble en atelier d'écriture "Histoires de famille" : noter les blancs, s'adresser à un ancêtre, remarquer des répétitions, aborder des secrets de famille...

Un travail doux mais profond

Explorer sa lignée par l'écriture peut remuer des émotions. C'est normal. Je vous accompagne en douceur, dans le respect de votre rythme. Si certaines découvertes vous bouleversent, un accompagnement thérapeutique peut être précieux.

Mais ce travail est aussi porteur de libération. Mettre en lumière ce qui était dans l'ombre, donner une place à ceux qui ont été oubliés, comprendre d'où l'on vient pour mieux choisir où l'on va — c'est un beau chemin.

  • Cet article n'est pas exhaustif en ce qui concerne la psychogénéalogie, qui n'est pas mon domaine de formation initial. Ici, je vous propose un cheminement par l'écriture, qui peut venir compléter votre suivi en psychogénéalogie ou pour démarrer en douceur votre parcours.

  • Selon votre histoire familiale, cet atelier peut accompagner un suivi thérapeutique, venir l'étayer, ou au contraire, vous inviter à démarrer un suivi. C'est un outil complémentaire, mais il ne peut résoudre à lui seul des problématiques lourdes.